Artiste dessinateur, François Schmidt est installé à Reims. Il crée des dessins et des affiches,
et a déjà publié une vingtaine de livres. Il expose régulièrement son travail en France et
hors des frontières. Il écrit parfois, en particulier pour les éditions Effervescence, dont il est un
des fondateurs. Il dessine également des images pour France 3 et travaille régulièrement
pour le monde du Champagne auquel il prête sa plume et son crayon tant pour des travaux
de dessin que pour de la conception de matériel à caractère artistique.
Je dessine lentement, avec délice.
Je dessine avec une précision presque maniaque,
m’imposant des règles aussi absurdes qu’inutiles.
Par exemple, je trace les choses qu’il y a
derrière les choses, vraiment.
Je m’use les yeux à
additionner
les
détails,
collectionner
les collections et y glisser
ma petite musique.
Le fouillis c’est la vie, l’anecdote mène aux grandes histoires.
Univers poétique, souvenirs d'une enfance inventée,
j’installe des cabanes dans les arbres, des bateaux
dans les branches
et des cages à oiseaux
désertes.
Un univers en noir
et blanc
de
paix
tranquille,
j’imprime mes mondes
sur des papiers
couchés.
Parfois, pour sortir de ma torpeur je glisse,
caché sous les feuillages,
un fantasme de femme nue, un voyeur minuscule,
un animal chimérique.
Il faut chercher dans le dédale des traits cette cuisse
ou ce sein découvert.
Moi-même, j’oublie les emplacements
que je retrouve avec plaisir.
Mon trait est celui du graveur refoulé qui,
par paresse, à choisi le papier plutôt
que la feuille de métal.
Pas de dessin préalable : je construis mon image
de bas en haut et de gauche à droite, trait à trait.
Ou, plutôt c’est le dessin qui se construit tout seul
sous ma main. Il s’impose peu à peu, prend sa place
et s’équilibre avec calme.
Il grandit, nourri de
patience
et de plaisir.
Très peu de couleur :
elle est si rapidement envahissante,
et puis les dégradés de gris peuvent être si colorés !
Quand les yeux piquent et que les cigarettes sont consumées,
je découvre ce que j’ai réalisé. Plaisir de me perdre moi-même
dans ce que j’ai créé, de suivre les sentiers que je me suis
donné, sentir les imperfections, découvrir les erreurs,
sourire aux détails cachés.
Bref, refaire une histoire
simple et tranquille
que je vous invite
à partager.
François Schmidt